« Ne pas protéger l'océan engendre des risques financiers »
- Veronique Alaton
- 6 nov. 2025
- 4 min de lecture
« Ne pas protéger l'océan engendre des risques financiers »
lundi 03 novembre 2025 Par Gaelle Richard

Pour Véronique Alaton, « la règlementation sera plus en plus stricte ». Crédit : L. F.
Véronique Alaton, fondatrice d'Action-Ocean, intervient dans les entreprises pour sensibiliser à la protection de l'eau. Elle alerte les entreprises sur les risques financiers, d'approvisionnement et réputationnel à négliger la protection des océans.
Basée à La Rochelle, Véronique Alaton a fondé Action-Ocean, une structure qui propose ateliers de sensibilisation, fresques pédagogiques et accompagnement RSE autour de la protection de l'eau.
Quel est le lien entre les entreprises et l'océan ?Il est peu visible mais fort. Les entreprises ont du mal à comprendre le lien entre leur activité et la qualité de l'eau des océans qui, pourtant, assurent 50% de notre oxygène. Pour toucher le milieu de l'entreprise, il est plus facile d'aborder la question sous l'angle de la qualité de l'eau et de la biodiversité. Pour expliquer ce lien, pourtant évident, il faut prendre conscience des conséquences sur l'activité de l'entreprise d'inondations, d'une sécheresse ou de l'augmentation du coût de l'eau car aujourd'hui, l'eau n'est pas chère et cela ne durera pas. Ensuite, j'essaie de démontrer tous les chemins par lesquels l'eau utilisée pour l'activité humaine parvient, au final, dans les océans par les rivières, les petits effluents ou les réseaux d'eau. La dépendance du milieu aquatique avec les entreprises est directe. Ensuite, je démontre les impacts indirects sur les gaz à effet de serre et l'acidification des océans. On sait que tout ce qui est constitué de calcaire est déjà impacté.
Comment impulser une volonté d'agir au sein des entreprises ?J'anime des fresques, des ateliers, des formations. La première étape, pour embarquer une équipe, est de convaincre les dirigeants car ce sont eux qui donnent le la. Ensuite on dresse un état des lieux avec les parties prenantes (fournisseurs et clients) afin de pouvoir établir une charte pour les fournisseurs qui doivent répondre à d'autres clients qui eux-mêmes ont des obligations de CSRD ou de stratégie RSE. L'objectif est de revoir le processus industriel à l'aune de la protection de l'eau. Par exemple, pour fabriquer du dentifrice, il faut de l'eau. On peut se demander si on ne pourrait pas pivoter vers du dentifrice solide. Sinon, on élabore un bilan d'impact de chaque molécule sur l'eau. On fait pareil pour les questions d'emballage. On se questionne sur ce que deviennent les eaux de lavage, si les eaux de fabrication ne peuvent pas être réutilisées pour le lavage du sol, etc. Comment récupérer l'eau du toit ? Est-ce possible de la stocker ? L'eau rejetée va-t-elle polluer le réseau ? Une remise à plat du circuit de l'eau dans le process industriel est toujours intéressante. On peut réfléchir à l'intérêt d'un osmoseur ou d'une mini-station d'épuration en partage avec les voisins de la zone d'activité.
Pensez-vous que la réglementation va s'adoucir ou se durcir ?Les règles seront plus strictes car nous avons une meilleure connaissance de la qualité des eaux et nous comprenons l'enjeu. Le principe sera celui de pollueur-payeur donc mieux vaut ne pas polluer.
Quels sont les risques, justement ?Je dénombre quatre risques, financiers mais pas uniquement, à ne pas se préoccuper de l'impact de son activité sur l'eau.Le risque financier peut être direct. La non-conformité engendre des amendes. Par exemple, Nestlé devra payer une amende de 2 millions d'euros pour une illégalité dans l'Ain. Il peut être indirect : la hausse des coûts d'approvisionnement due à la raréfaction des espèces comme les produits de la mer ou les dommages liés aux changements climatiques avec les inondations, tempêtes, etc. L'accès aux financements se fait de plus en plus strict par les banques et les assurances qui regardent les critères de préservation de l'environnement.Le risque est également latent, comme le risque réputationnel. L'image d'une entreprise perçue comme pas engagée ou polluante induit souvent des difficultés de recrutement notamment dans les jeunes générations, une perte de clients, voire des campagnes de boycott ou des bad buzz sur les réseaux sociaux. À l'inverse, une entreprise ou une organisation, même si son activité est polluante mais si elle s'engage dans une réflexion et qu'elle fait au mieux en composant avec la réalité de sa filière, sera perçue favorablement.
Comment les secteurs d'activité les plus impactants peuvent-ils agir ?Les secteurs comme le tourisme ont de forts leviers pour agir et un intérêt tout aussi fort pour ne pas risquer de perdre en attractivité. Le tourisme a tout intérêt à s'engager dans l'économie bleue ou régénérative qui consiste à mettre en place des actions pour régénérer les écosystèmes marins. Depuis environ trois ans, je note une prise de conscience dans ce sens. Certains sensibilisent leurs clients à moins consommer d'eau, forment leurs salariés, revoient leurs process. Par exemple, dans un hôtel, la première chose que faisait le personnel de ménage était de tirer deux fois la chasse d'eau. Les changements passent souvent par une somme de petits gestes.




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