Comment une entreprise sécurise sa ressource en eau ?
- Veronique Alaton
- il y a 4 jours
- 4 min de lecture
Pendant longtemps, l'eau a été traitée comme un fluide gratuit qui coule du robinet sans qu'on y pense. Ce temps est fini. Sur un bassin versant sous tension, une entreprise qui dépend de l'eau pour produire dépend aussi de la pluie qui recharge les nappes, des arrêtés sécheresse du préfet et de l'état des cours d'eau voisins. Dans mon [premier article sur le rapport 2026 du Haut Conseil pour le climat](#), un chiffre résumait l'enjeu : la France a perdu 14 % de son eau renouvelable en une génération. Pour une entreprise, cela se traduit en risque de continuité d'activité.
La bonne nouvelle : sécuriser sa ressource en eau se pilote, avec une méthode. Voici celle que j'applique chez ACTION-OCEAN, éprouvée aussi bien dans l'industrie agroalimentaire que chez les producteurs de la région.
1. Comprendre sa dépendance au bassin versant
Tout commence par une question simple : d'où vient votre eau, et dans quel état se trouve le milieu qui vous la fournit ? Une entreprise ne consomme pas « de l'eau » en général, elle prélève sur un bassin précis, avec ses nappes, ses rivières et ses règles de partage.
Prenez le bassin de la Charente. Les projections indiquent que la recharge des nappes pourrait y baisser d'environ 30 % d'ici 2050, avec des périodes de basses eaux plus longues, plus sévères et plus précoces. Une maison de cognac installée sur ce bassin ne protège pas seulement son procédé industriel : elle protège l'AOC dont dépend toute son activité. Cartographier cette dépendance, c'est déjà voir arriver les restrictions au lieu de les subir.
2. Mesurer avec une empreinte eau
On ne pilote bien que ce que l'on mesure. L'empreinte eau, normalisée par l'ISO 14046, dresse l'état des lieux complet : combien vous prélevez, pour quels usages, à quels moments, et surtout quel impact ce prélèvement a compte tenu de la rareté locale. La méthode AWARE pondère chaque mètre cube par la tension du bassin où il est prélevé, ce qui distingue un litre consommé dans un territoire abondant d'un litre pris dans une nappe déjà surexploitée.
Le point souvent sous-estimé se situe dans la chaîne de valeur. Sur les sites d'une entreprise, les prélèvements directs sont fréquemment la partie visible et la plus petite. L'essentiel de l'empreinte se cache en amont, chez les fournisseurs et les partenaires agricoles. Une stratégie crédible regarde donc l'eau directe et l'eau de la chaîne d'approvisionnement.
3. Fixer des objectifs qui tiennent
Une fois l'état des lieux posé, la cible doit être chiffrée et datée. Les référentiels existent pour cela. Les SBTN Freshwater permettent de fixer des objectifs de réduction alignés sur les limites du bassin, sur le périmètre des sites comme sur celui des fournisseurs. En parallèle, la CSRD et sa norme ESRS E3 imposent déjà à de nombreuses entreprises de rendre compte de leur consommation d'eau, en particulier dans les zones de stress hydrique.
Un objectif réaliste ressemble à une réduction des prélèvements de l'ordre de 30 % sur dix ans, avec une trajectoire annuelle suivie. Ce cap, une entreprise industrielle de la région l'a tenu et même dépassé en cinq ans, en agissant méthodiquement sur ses usages. La cible n'a de valeur que si elle s'accompagne d'un plan pour l'atteindre.
4. Agir : la sobriété d'abord, l'efficacité ensuite
Le plan d'action se construit dans un ordre précis, qui fait toute la différence.
La sobriété vient en premier. Elle consiste à interroger le besoin lui-même : cet usage est-il essentiel, peut-on le supprimer, le réduire, le déplacer hors des périodes de tension ? C'est le levier le moins coûteux et le plus efficace, celui que le rapport du HCC place avant toute solution de stockage.
L'efficacité vient ensuite. Elle réduit la quantité d'eau nécessaire pour un même besoin : récupération et réutilisation des eaux de process (ReUse), récupération des eaux de pluie sur les toitures et les surfaces, remplacement des équipements les plus gourmands, chasse aux fuites. Un système de management de l'efficacité de l'eau, cadré par l'ISO 46001, structure cette démarche dans la durée.
Enfin, la sécurisation la plus solide passe par le bassin lui-même. Restaurer le cycle de l'eau autour de ses sites, soutenir des projets d'hydrologie douce, préserver les zones humides qui stockent l'eau en crue et la restituent en étiage : ces actions réduisent le risque commun à tous les usagers du territoire, entreprise comprise.
5. Anticiper la réglementation et s'ancrer dans le territoire
Le cadre se resserre. Les arrêtés sécheresse se multiplient, la CSRD étend ses obligations, et la jurisprudence récente confirme qu'un permis de construire peut être refusé pour insuffisance de la ressource en eau. Une entreprise qui a déjà mesuré, réduit et documenté sa consommation aborde ces évolutions en position de force.
S'ancrer dans la gouvernance locale complète la démarche. Participer aux instances de bassin, dialoguer avec les autres usagers, contribuer aux projets de territoire pour la gestion de l'eau : c'est ainsi qu'une entreprise sécurise durablement son accès à la ressource et sa légitimité à opérer.
Sécuriser son eau, c'est protéger son activité
Mesurer son empreinte, fixer un cap, agir dans le bon ordre et s'inscrire dans son bassin : cette séquence transforme une vulnérabilité en avantage. Sur un territoire où l'eau se raréfie, les entreprises qui s'y prennent tôt gardent la main sur leur avenir. Les autres attendront le prochain arrêté sécheresse pour découvrir leur exposition.
C'est précisément le chemin que j'accompagne chez ACTION-OCEAN, du diagnostic à la feuille de route.
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*Cet article prolonge une série consacrée à l'eau et au climat. Retrouvez le premier volet sur le rapport 2026 du Haut Conseil pour le climat.*



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